Après un moment, nous réalisons que faire ?a juste devant l’entrée de l’h?tel de ville, ce
n’était peut-être pas une si bonne idée. En effet, des passants nous jettent déjà des regards gênés. Nous nous dépla?ons vers un c?té de la place. Maintenant qu’on sait que l’on veut rester ensemble un moment, comment commencer ?
J’ai bien une idée “Bon, il nous faut un objectif simple pour le moment. Comme par exemple avoir de quoi se payer à manger, se loger et s’habiller.” Je regarde nos habits. Leims à ses vêtements usés, sales et recouverts de suie de charbon. Moi, j’ai mes habits de prêtresse, sales, déchirés et qui ne sont plus appropriés sans appartenance à l’Ordre. Abbia à toujours son bout de tissu qui lui couvre le corps. Même si c’est bien le seul vêtement qu’elle a. “D’ailleurs Abbia, pourquoi tu n’as que ce bout de tissu ? Les elfes n’ont pas de vêtements ?” Abbia me regarde déconcertée. Elle réfléchit un instant, “Si, les elfes ont des vêtements. Mais après être partie, j’ai voulu me baigner. Ce tissu est une serviette d’ailleurs. Mais une fois dans l’eau, je me suis fait attaquer par des monstres et j’ai d? abandonner mes affaires dans un coin de la forêt.”
Leims semble vouloir dire quelque chose, “Oui, Leims ? Une proposition ?” Il ne s’attendait visiblement pas à ce que je le remarque. “Non, c’est rien. Mais où trouver un travail ? C’est déjà assez dur pour moi, alors avec deux femmes dont une elfe chétive, c’est pas top.” Je réfléchis à sa remarque. Elle est effectivement pertinente. Mais j’ai déjà un plan ! Je lui souris fièrement, “Je sais déjà où aller pour ?a, ne vous inquiétez pas ! Nous allons devenir aventuriers à plein temps !” Leims à un air clairement blasé. Abbia, quant à elle, ne comprend pas ce qu'est un aventurier.
Eh beh. C’est bien parti.
Je regarde Leims “Quoi ? T’as un meilleur plan peut-être ?” Un air vaincu, il me fait non de la tête. Abbia ne comprend toujours pas, je lui explique donc “On va devenir aventuriers. De ce que je sais, on va nous donner des quêtes à faire en échange d’argent.” Abbia s’interroge cependant “Quelle genre de quêtes ?” ce à quoi je lui répondis fièrement “Jsais pas”. Leims met sa main sur son visage en signe de désespoir.
Après avoir demandé à des passants où trouver la guilde d’aventurier locale, nous nous dirigeons vers celle-ci. Elle est située en plein milieu d’une allée commer?ante, où forgerons, épéistes, alchimistes et autres guildes ont la cote. Les regards curieux et méprisants sont cette fois monnaie courante. De grands gaillards délinquants, des chevaliers en armure, des mages éblouissantes, et au milieu de tout ce beau monde, nous. Même Leims ne fait plus le fière face à ces gens. Abbia est presque entièrement recluse sous son tissu. Ses oreilles attirent beaucoup l’attention. Je dois guider le groupe, je suis la seule à avoir un minimum de posture face à des gens intimidants, déformation professionnelle oblige.
Finalement, nous arrivons devant une porte en bois. Une enseigne avec un parchemin, emblème de la guilde d’aventuriers, est posée par-dessus. Une fois entrés, des dizaines d’aventuriers sont présents. Tous les regards se tournent vers nous. Même moi, je commence à vouloir rétrécir petit à petit. J’avance avec une confiance de fa?ade vers le comptoir. Des rires moqueurs peuvent se faire entendre ici et là. Une fois arrivée au devant la personne chargée de la réception, elle n’a pas l’air ravie de nous voir. “Je suis désolée, les sans-abris ne sont pas autorisés à loger dans cet établissement.”
J’adore quand on commence sur des bases saines.
J’essaie de ne pas faire vaciller ma voix au maximum, “Non, nous sommes ici pour nous inscrire en tant qu’aventuriers.” La secrétaire maintient un échange visuel sceptique. “Très bien… Alors, savez-vous écrire ?” Je lui répond que oui. Leims, visiblement au bord de la crise de nerf, et voulant en finir au plus vite, demande à la secrétaire “Et pour les frais d’inscriptions ?” La secrétaire lui répond immédiatement et se contente d’abord d’un dédain presque palpable. “... Il n’y en a pas. En revanche la guilde s’octroie dix pourcent de chaque récompense de quête, et les aventuriers de rang bronze et fer doivent accomplir au moins une quête par semaine. Sans quoi ils seront radiés de la guilde.” Personne n’ose demander à quoi correspondent les rangs. Fort heureusement, un fascicule récapitulant le fonctionnement de la guilde nous est fourni, avec évidemment un badge en bronze chacun. J'inscris nos noms sur un formulaire et je coche la mention ‘en équipe’. Nous sommes donc officiellement des aventuriers ! Mais sans aucun moyens financiers.
Nous sortons immédiatement de la guilde, l’endroit commence à sérieusement me faire angoisser. Abbia est déjà au bord de l’évanouissement. Nous nous éloignons de cette rue autant que nécessaire. Une fois dans une petite ruelle peu fréquentée, nous pouvons respirer. Après deux semaines dans la forêt, sans contact autre que ces deux-là, cela d? sérieusement endommagé mon aisance sociale. Et ces foutus vêtements déchirés ne doivent pas non plus aider !
Bon… lisons ce prospectus.
Je l’ouvre, Leims et Abbia ne semblent pas plus intéressés que ?a. “Vous voulez pas savoir ce qu’il dit ?”
“J'sais pas lire” “Moi non plus. Enfin, pas l’humain.” me répondent-ils.
Je leur lis donc à voix haute son contenu. Il explique les règles de base de la guildes ainsi qu’un code de conduite. Des trucs comme ‘On attaque pas d'autres aventuriers’ ou encore ‘Il faut rapporter à la guilde la présence de donjons et de ruines souterraines.” La base de la société quoi. Leims et Abbia hochent de la tête à chaque fois, ils n’ont vraiment aucun repère sociétal.
Les rangs sont cependant expliqués plus précisément. Il y a d’abord bronze et fer, devant accomplir au moins un quête par semaine. Puis viennent les rangs argent, or et platine, où se situent 60% des aventuriers (Les bronzes et fers correspondent à eux deux à 30%). Et enfin les 10% restant dit ‘élites’ sont répartis dans les rangs diamant, elfium, mithril, dragonite et enfin Acondium. Les rangs Acondiums ne sont qu’une dizaine sur le continent. Ils sont nommés d’après le métal, qui tire lui-même son nom de celui du continent. “Le continent à un nom ?” “Apparemment.”
Je laisse les deux idiots à leur rêverie et je continue de lire. Les récompenses sont proportionnelles aux rangs, et seuls les rangs dits ‘élites’ sont autorisés à recevoir des quêtes sans passer par la guilde. J’imagine que c’est surtout parce qu’à partir de là, la guilde n’a plus les moyens de les faire plier. Apparemment les aventuriers sont promus selon leur nombres de quêtes accomplies et, à partir du rang argent, de leur puissance de combat. “En gros, on à pas se frapper pour le moment ? ?a me va.” Leims balance encore des évidences. Qui a envie de combattre dès le début ?
Leims regarde le soleil. “Bon, on graille ? Le soleil est déjà haut dans le ciel.” “Et avec quel argent ducon ?” Avant que je ne puisse comprendre ce qui se passe, Leims sort une pomme de sa poche. Et Abbia fait de même.
Mais elle n'a même pas de poche !
Je n’ai pas pensé à en garder. Je les regarde manger, la bave aux lèvres et les grondements aux ventre. Et à chaque fois que l’un d’eux croise mon regard, ils se cachent pour manger tranquillement.
Quelle bande d’enfoirés égo?stes !
Bon, passons… S’énerver ne fera que dépenser de l’énergie inutilement. “Donc… il nous faut une quête maintenant. Faut retourner à la guilde.” Les deux s’arrêtent net dans leur dégustation. “J’sais pas lire !” “Moi non plus !” Me crient-ils en me suppliant des yeux. “On va y aller ensemble puisqu’on est une équipe !” Un regard de chien battu passa dans leurs yeux. Autant pour Abbia, ?a pourrait prendre, autant pour Leims ?a ne sert à rien.
This tale has been unlawfully lifted without the author's consent. Report any appearances on Amazon.
Je finis donc par les tra?ner jusque dans la rue principale, où ils se mettent à subitement marcher la tête haute et se voulant intimidants.
Une fois de retour à l’intérieur de la guilde. Nous nous dirigeons, toujours sous le feu des projecteurs visiblement, vers le panneau à quêtes. Escorte, Recherche de chats, aide aux champs, un tas de quêtes bronzes sont présentes ici. La paie ne dépasse pas les vingt pièces de cuivres.
évidemment, comme les deux autres ne savent pas lire, je dois leur énoncer les quêtes, ce qui ne manque pas de faire glousser les autres. Finalement, on se met d’accord sur une recherche de chat pour dix pièces de cuivre. De quoi s’acheter une nuit une personne à l’auberge la moins chère. Il nous en faudrait donc trois pour loger cette nuit. Impossible vu l’heure. Il faudra visiblement s’acheter à manger en priorité. Nous faisons valider la quête par la secrétaire, non sans un regard méprisant. Lorsqu’elle lis la quête, un sourire moqueur nous est adressé.
Pour une fois qu’elle nous sourit, il faut qu’elle se foute de nous.
Nous partons de la guilde, quête en mains. Selon la description, le chat est mince, noir avec des chaussettes blanches. Il est très peureux et essaiera de s’enfuir dès qu’il ne se sent pas seul. Heureusement, on peut le reconna?tre facilement grace à ses yeux vairons bleu et vert.
“Bon, vous avez pas un sort qui permettrait de le retrouver ?” Leims alterne entre moi et Abbia. Qui elle me regarde espérant une réponse rapide. Je soupire profondément “Le?on de magie numéro une, un mage ne peut pas repérer ce qui n’émet pas de mana. C’est logique non ?” Ils ont l’air perplexe, notamment Abbia “Mais les animaux émettent du mana non ?”
Je la regarde, confuse, “Depuis quand ?”
“Bah les monstres en émettent eux, non ?” Elle penche la tête d’un air pensant.
“Oui, mais c’est parce qu’ils sont composés en partie de mana. Les animaux ne le sont pas. C’est d’ailleurs comme ?a qu’on peut les classer ou non comme des monstres.”
Leims ouvre grand les yeux comme s’il venait enfin de comprendre. Bon, après il vient très probablement de tout juste comprendre. “Aaaah, mais c’est comme ?a qu’on sait alors ?”
Et oui Leims… et oui…
D’un coup, une idée peu réjouissante me vient à l’esprit. “Abbia. Peux tu voir le mana ?”
“Hein ? Pourquoi est-ce que je pourrais ? J’ai jamais entendu quelqu’un dire qu’il peut voir le mana.”
“Hmm… Alors c’est pour ?a.”
Leims me regarde, encore plus perdu que d’habitude. “C’est pour ?a de quoi ? Je ne comprends rien.”
“Et bien, je crois avoir trouvé pourquoi les elfes noirs sont si nul en magie. La magie est principalement un art de visualisation. Basiquement, si tu ne peux imaginer quelque chose se passer, il ne va pas se passer. Tu dois pouvoir comprendre ce que tu fais avec ton mana pour pouvoir le transformer en phénomène. Donc fatalement, si tu ne le vois pas, tu ne peux pas comprendre comment il agit sur le monde, et donc tu ne peux pas l’imaginer agir. C’est un peu comme si un aveugle de naissance essayait de peindre un tableau de paysage. On peut lui décrire mais comme il ne sait pas à quoi ?a ressemble, il ne peut pas le faire.”
Leims me regarde comme si j’avais tué quelqu’un. Abbia ne bouge plus. Je me rends compte de ce que je viens de dire. “A-Abbia… ce n’est pas ce que je voulais dire… N-Ne t’inquiète pas, tu réussiras certainem—” “Non, c’est bon… merci. Je crois que j’ai compris. N’empêche, je continuerai d’essayer. Il doit bien y avoir d'autres moyens que la visualisation, non ? Au pire, je les découvrirai !”
Je ne dis rien. Leims lui sourit gentiment, “Bon… et cette histoire de chat alors ? On fait quoi ?” Il y a mis tellement d’assurance, que j’en ai presque oublié qu’on parlait de magie. Ce type est incroyable en relation humaine. “Sans magie, on pourrait essayer de l’attirer. Suffit d’avoir l’air sympa.”
“?a va être compliqué avec moi non ?” Abbia se montre du doigt. Leims et moi nous décomposons.
Oh l’abruti, j’avais oublié que c’était une elfe noire.
“Ah, vous aviez oublié ? ?a me fait un peu plaisir en réalité.” Au moins, elle à réussi à me donner un petit sourire.
Bon, comment va t’on s’y prendre ? Nous réfléchissons à des plans pendant que nous marchons. Tous plus nuls les uns que les autres. Et à chaque fois, c’est parce qu’il est absolument impossible qu’un chat, de plus peureux, ne s’approche d’Abbia. Après trente minutes de recherches infructueuses, nous finissons par revenir sur la voie principale. D’ici, on peut voir les portes de la ville et les murailles au loin. Leims regarde quelque chose au loin.
“?a va ? Tu cherches un truc ?”
“Non… je regarde les murailles au loin. Les chiens grattent pour essayer de sortir.” Il me les montre du doigt.
“Comment tu peux les voir d’ici ? On voit difficilement des humains, alors des chiens…”
Il les regarde intensément. Puis se tourne vers Abbia. “Et si… plut?t de se morfondre sur sa répulsion, on l’utilisait ?”
“Qu’est ce que tu veux dire ?” lui lance Abbia. Moi-même je ne comprends pas comment il veut s’y prendre.
“Bah, il suffit qu’elle se place à une extrémité de la ville, et les animaux se dirigeront naturellement à l’opposé. Suffira de le choper là bas.”
J’ouvre grands mes yeux.
“Mais oui ! Et il suffira de le refaire pour toutes les autres quêtes du même type !” Nous sourions enfin devant l’opportunité qui nous est présentée.
Nous établissons un plan. Il est absolument hors de question de laisser Abbia seule à l’autre bout de la ville. Par conséquent, c'est Leims, avec sa très bonne vision, qui va se charger de récupérer le chat. Une fois récupéré, il ira le déposer à la guilde, prendra une autre quête du type et repartira vers le regroupement d’animaux. Et ainsi de suite jusqu’à la nuit. C’est du génie !
Par mesure de précaution, je lui écris les mots “Recherche” “animal” et “perdu” sur l’avant bras. Il n’aura qu’à comparer les quêtes avec ces caractères pour prendre une recherche d’animal perdu. Et priorité à celle avec des représentations imagées pour qu’il puisse reconna?tre les animaux qu’il recherche, sans avoir besoin de venir à moi pour que je les lise.
Nous mettons le plan en marche. Il est déjà tard, je dirais quatre heures. Il nous faut une bonne heure de marche jusqu’à l’extrémité de la ville. J’ai pris soin de choisir un endroit surélevé pour qu’il ne se paume pas de c?té.
Après des heures d’attente, le soleil se couche. Leims n’est pas toujours pas revenu. Je suppose qu’il n’en a pas eu besoin. Enfin, il revient. Un chat endormi entre les mains, et couvert de griffures et de morsures.
“Bah alors ? Tu ne l'as pas ramené à la guilde ?”
Il baisse les yeux. “Non… Je me suis paumé et je ne l'ai pas retrouvé… Déso.” J’ai envie de le frapper. Mais je me retiendrais.
“Bon, et pourquoi il est endormi ?” Il relève les yeux, presque fier.
“Ah ?a ? Bah, il n'avait vraiment pas envie de venir, d’où les griffures. Mais comme il commen?ait à sérieusement me sao?ler, je l’ai assommé.” Abbia et moi le regardons, déconfites.
“Bon, on retourne dormir à l’église ?” Dis Leims se fichant de notre expression. Après un moment, même Abbia se mit à me regarder.
“Non.” Dis-je sur un ton sec.
“Hein ?! Et pourquoi ?a ?” s’exclama Leims.
“Tout simplement parce que nous ne pouvons pas toujours nous dire ‘c’est bon, au pire y’a l’église’. Tu vois, en cas d’urgence comme hier, c’était véritablement nécessaire. Mais je ne peux pas tolérer qu’on prenne les églises pour des h?tels gratuits.”
“Et donc tu proposes quoi, madame touche-pas-à-mon-église ?”
“Et bien figure-toi qu’on à trouver un banc, et pas piquer des hannetons comme diraient les vieux. On aura qu’à alterner le sommeil pour ne pas se faire virer par les gardes, ou se faire voler.”
“Non mais tu rêves éveillée ma pauvre !”
Au final, on a bel et bien fini par dormir en alternance sur le banc.

